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Bukavu : La Primus s’évapore des comptoirs, le mystère plane sur les cuves de la BDGL

C’est un dimanche à l’ambiance inhabituellement morose dans les hauts lieux de la convivialité bukavienne. D’Ibanda à Bagira, en passant par le cœur bouillonnant de Kadutu, un même constat frappe les consommateurs et les tenanciers de débits de boisson : la bière Primus, véritable patrimoine liquide de la ville, est devenue presque introuvable.

Dans les trois communes de la capitale provinciale du Sud-Kivu, les casiers vides s’empilent et l’inquiétude grandit. Grossistes et détaillants se renvoient la balle, peinent à fournir la moindre explication à cette pénurie soudaine qui frappe de plein fouet la bière de prédilection des Bukaviens.

Une reprise pourtant saluée après la tourmente

Cette carence suscite d’autant plus d’incompréhension que l’outil de production venait à peine de redémarrer sous une nouvelle ère.

Pour comprendre la frustration actuelle des consommateurs, il faut remonter le fil d’une histoire industrielle tumultueuse.

Ancien fleuron local, l’usine de la Bralima à Bukavu a traversé une zone de fortes turbulences politiques et militaires lors de la prise de la ville par les forces de l’AF-M23. Une période d’incertitude critique qui s’était soldée par le retrait du géant historique et la vente des actifs de la société à la BDGL (Brasseries des Grands Lacs).

Le rachat par la BDGL avait pourtant été accueilli comme un soulagement par la population et les opérateurs économiques locaux. Le repreneur avait rapidement rassuré les marchés en relançant la production, maintenant ainsi les emplois et la tradition brassicole de la région.

Le grand flou : spéculation ou panne technique ?

Aujourd’hui, ce retour à la normale semble déjà fragilisé. Sur le terrain, le silence de la direction de la BDGL alimente toutes les rumeurs. S’agit-il d’un problème technique d’approvisionnement en matières premières ? D’un défi logistique invisible ? Ou d’une stratégie de rétention des stocks par certains distributeurs ?

« On ne comprend rien. La BDGL venait à peine de reprendre les rênes et de stabiliser la production. Aujourd’hui, nos fournisseurs reviennent les mains vides de l’usine. Les clients boudent et nous perdons notre chiffre d’affaires du week-end sans qu’aucune explication officielle ne nous soit donnée », déplore un grossiste majeur de Kadutu.

Pour les Bukaviens, la Primus dépasse le simple cadre de la boisson. Elle est un baromètre de la vie sociale et économique.

En ce début de juillet 2026, alors que la ville tente de consolider sa résilience, les consommateurs et les commerçants attendent de la BDGL qu’elle sorte rapidement de son mutisme pour éclairer la lanterne d’un marché assoiffé de réponses.

Par Alvin BUZAKI

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