Bukavu : Le bruit, une menace existentielle pour la santé publique

Dans une ville confrontée à de multiples défis urbains, un autre phénomène s’installe progressivement dans le quotidien des habitants; la pollution sonore. À longueur de journée, les klaxons, les haut-parleurs, les mégaphones des commerçants, les activités musicales et les sonorisations de certaines églises composent un vacarme devenu presque permanent dans plusieurs quartiers de Bukavu.
De Kadutu à l’Essence, en passant par Panzi, Nyawera ou encore Chez Baba Cingazi, le bruit accompagne désormais la vie quotidienne de milliers de personnes. Dans certains espaces fortement fréquentés, il devient difficile de tenir une conversation, de se concentrer ou simplement de bénéficier d’un moment de calme.Cette situation inquiète de plus en plus les acteurs de la société civile. Pour Alain Mutiki, rapporteur de la Nouvelle Dynamique de la Société Civile (NDSCI) à Bukavu, la pollution sonore constitue une menace sérieuse pour le bien-être des populations.
« La production excessive de bruit est devenue une menace réelle pour la santé des paisibles citoyens. Les enfants qui vivent ou étudient à proximité des sources de nuisance sonore éprouvent des difficultés à se concentrer. Dans certaines écoles, le bruit environnant perturbe même la transmission et l’assimilation des enseignements », déplore-t-il.
Les conséquences de cette exposition répétée ne se limitent pas aux troubles de l’audition. Le bruit excessif peut également perturber le sommeil, accroître le stress et affecter la concentration. Les enfants, les personnes âgées ainsi que les personnes particulièrement vulnérables peuvent être davantage exposés aux effets d’un environnement sonore constamment agressif.
À Bukavu, le problème est aggravé par la densité de certaines zones commerciales et résidentielles, l’absence apparente de zones tampons entre les activités bruyantes et les habitations, ainsi que la multiplication de sources sonores dans des espaces déjà fortement fréquentés.
« Au-delà de l’ouïe, c’est aussi la santé mentale et le bien-être quotidien qui sont affectés. Le stress, l’anxiété et les troubles du sommeil peuvent s’installer lorsque les habitants sont constamment exposés à un environnement bruyant », poursuit Alain Mutiki.
Face à cette situation, la NDSCI appelle les autorités à renforcer la réglementation et le contrôle des nuisances sonores dans la ville. Elle estime qu’une réponse efficace devrait notamment passer par une meilleure application des normes, la sensibilisation des responsables d’activités génératrices de bruit et la protection des espaces sensibles, notamment les établissements scolaires et les zones résidentielles.
« Nous appelons les autorités à s’impliquer davantage afin qu’une réglementation effective soit appliquée dans ce secteur qui affecte progressivement la santé de la population, particulièrement celle des enfants et des personnes âgées », plaide-t-il.
Dans une ville comme Bukavu, où les habitants sont déjà confrontés à de nombreuses difficultés liées à l’urbanisation et à la dégradation du cadre de vie, la lutte contre la pollution sonore apparaît comme un enjeu de santé publique et de gouvernance urbaine.
Par Alvin BUZAKI



