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27°C à Bukavu : Déboisement et urbanisation, la ville perd - elle son bouclier climatique ?

Mardi 11 août 2026, le thermomètre affichait 26 à 27°C à Bukavu en pleine saison sèche. Une chaleur qui interroge : et si la disparition des arbres et la bétonisation étaient en train de modifier le microclimat de la ville autour du lac Kivu ?

Par Alvin BUZAKI

Quand la ville remplace les arbres, la chaleur s’installe

Ce mardi après-midi, Bukavu étouffait. Selon l’observation de la rédaction de Média-Vert, la température ressentie tournait entre 26 et 27°C. Pour une ville perchée sur les collines du Sud-Kivu, ces chiffres se rapprochent de ceux qu’on attribue habituellement à Kinshasa.

La question se pose donc : quelle est la part du déboisement et de l’urbanisation dans cette sensation de chaleur ?

Les arbres ne sont pas que décoratifs. Ils font de l’ombre, absorbent le soleil et rafraîchissent l’air par évapotranspiration.

À l’inverse, les toitures en tôle, le béton et l’asphalte emmagasinent la chaleur et la restituent. C’est le fameux « îlot de chaleur urbain », un phénomène désormais bien documenté.

À Bukavu, les signes sont visibles. Selon les données de Global Forest Watch, la ville ne comptait plus que 110 hectares de forêt naturelle en 2020, soit à peine 1% de sa superficie. Et elle aurait perdu 1 hectare supplémentaire en 2025.

Une urbanisation qui pèse sur l’eau, le sol et la température

La pression démographique et foncière ne faiblit pas. Les constructions grimpent sur les pentes, avalant zones humides et espaces verts.

Conséquence directe : moins d’infiltration d’eau, plus de ruissellement. Dans une ville au relief accidenté comme Bukavu, cela aggrave les érosions, les inondations et les glissements de terrain.

Une étude récente sur le Sud-Kivu l’a d’ailleurs confirmé : l’urbanisation rapide transforme profondément les zones humides urbaines et rurales.

L’étude d’impact : un outil à prendre au sérieux

Derrière chaque nouvelle route, chaque nouveau quartier, il faut se poser la question : quel est le coût environnemental ?

L’Étude d’Impact Environnemental et Social, EIES, est justement là pour ça. Elle permet d’anticiper les effets sur les sols, l’eau, la végétation et les populations avant de construire.

À Bukavu, intégrer réellement l’environnement dans l’aménagement urbain n’est plus une option. Construire ne doit pas rimer avec détruire. Il est encore possible de préserver des arbres, de créer des espaces verts et de limiter la bétonisation.

27°C : un signal d’alerte, pas une preuve

Attention, il serait trop rapide de dire que ces 27°C sont uniquement dus au déboisement. Une seule mesure ne fait pas une tendance climatique.

Les données montrent que Bukavu peut atteindre près de 30°C au mois d’août. La vraie question est donc : est-ce que la transformation du paysage urbain rend la ville plus chaude et plus vulnérable qu’avant ?

Pour le savoir, il faudra des relevés sur plusieurs années, dans différents quartiers de Bukavu et en comparaison avec des zones moins urbanisées.

Et maintenant ? Penser la ville de demain

La chaleur de ce 11 août rappelle une évidence : l’urbanisme et le climat sont liés.

Si rien ne change, la disparition des arbres, l’extension du béton et l’occupation des espaces naturels rendront Bukavu plus exposée aux extrêmes climatiques.

La ville a donc tout intérêt à :

  1. Surveiller son couvert végétal et ses températures de quartier
  2. Protéger les espaces verts et les zones humides restantes
  3. Intégrer les données scientifiques dans chaque projet d’aménagement

Car au-delà des degrés affichés aujourd’hui, la vraie question est celle-ci : quelle ville voulons-nous pour Bukavu dans 20 ans ?

Alvin BUZAKI, pour Média-Vert

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