
Inondations, glissements de terrain, champs détruits… Alors que le Sud-Kivu devrait connaître la sécheresse, Kalehe et Mwenga subissent des pluies destructrices. Pour l’expert en environnement, Akilimali Gédeon, le climat n’explique pas tout. La déforestation, l’agriculture sur pentes et l’urbanisation anarchique aggravent fortement les dégâts.
La saison sèche n’a pas dit son dernier mot au Sud-Kivu.
Depuis le début de ce deuxième semestre 2026, les territoires de Kalehe et Mwenga sont frappés par des pluies torrentielles inhabituelles. Bilan : maisons emportées, cultures détruites, routes coupées et populations de plus en plus vulnérables.
Pour Akilimali Gédeon, spécialiste en environnement, ces catastrophes à répétition ne sont pas qu’une fatalité climatique.
« Les pluies torrentielles ravagent les cultures et emportent des maisons d’habitation dans les territoires de Kalehe et de Mwenga, alors que nous sommes en pleine saison sèche. Ces pluies deviennent particulièrement destructrices parce que plusieurs activités humaines continuent de fragiliser les sols », explique-t-il à Média-Vert ce mercredi 5 août.
4 facteurs humains qui aggravent les dégâts
Selon l’expert, plusieurs facteurs humains aggravent ces dégâts.
D’abord la déforestation. La disparition du couvert forestier réduit la capacité des sols à retenir l’eau. Résultat : ruissellement, érosion et glissements de terrain plus fréquents sur les versants dénudés.
Ensuite, l’agriculture sur pentes. De nombreuses parcelles sont cultivées sur des pentes escarpées, sans techniques de conservation des sols. La terre, à nu, part directement avec la pluie. L’exploitation minière non contrôlée est aussi pointée du doigt. Dans plusieurs carrières en périphérie de la province, les activités menées sans normes environnementales déstabilisent les terrains et fragilisent davantage le sol.
Enfin, l’urbanisation anarchique. Des maisons sont construites dans les fonds de vallée, le long des cours d’eau ou sur des pentes instables. À cela s’ajoute un mauvais drainage.
« Le mauvais drainage des eaux favorise également les inondations », souligne Akilimali Gédeon, citant une étude de 2024 sur l’urbanisation rurale au Sud-Kivu.
Vers une gestion intégrée des risques
Pour le spécialiste, les drames de Kalehe et Mwenga doivent servir d’alerte. Il plaide pour une approche intégrée qui passe par la protection et restauration des forêts, la promotion de l’agroécologie et des techniques anti-érosives, l’encadrement strict des activités minières, l’aménagement des systèmes de drainage et une planification rigoureuse de l’urbanisation.
« Les catastrophes observées à Kalehe et à Mwenga ne sont donc pas uniquement dues aux fortes pluies. Elles résultent de la combinaison des phénomènes climatiques et de la dégradation de l’environnement causée par les activités humaines », conclut-il.
Face aux effets de plus en plus visibles du changement climatique, Akilimali Gédeon estime que la préservation des écosystèmes et une gestion durable des terres sont les seuls leviers pour renforcer la résilience des communautés du Sud-Kivu.
Par Alvin BUZAKI, pour Média-Vert



