Alerte Kahuzi-Biega : La déforestation provoquerait le déplacement des gorilles et menace l’équilibre d’un patrimoine mondial

Dans un entretien accordé à Média-Vert, Ladislas Witanene, acteur du bureau de la société civile environnementale au Sud-Kivu, dresse un constat alarmant sur la situation écologique du Parc national de Kahuzi-Biega. Au cœur de son analyse : une déforestation croissante qui bouleverse profondément l’équilibre de cet écosystème classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Les effets sont déjà visibles :
« Plusieurs espèces animales, dont les gorilles de Grauer, sont contraintes de quitter leur habitat naturel pour chercher refuge ailleurs », explique-t-il.
Cette migration forcée pousse les animaux vers des zones plus dangereuses, multipliant les risques de braconnage et de mortalité. Le Gorille de Grauer, espèce emblématique et endémique de la région, se retrouve ainsi en première ligne de cette crise écologique.
La destruction progressive de la forêt raréfie aussi les ressources vitales.
« La destruction des forêts réduit les ressources alimentaires et les zones de reproduction », souligne Witanene.
Cette perte compromet la survie de nombreuses espèces et accélère leur déclin, parfois de manière irréversible.
Autre phénomène inquiétant : la fragmentation des habitats naturels. La réduction des couloirs écologiques isole les populations animales et limite les échanges génétiques indispensables à leur survie. Résultat: des espèces déjà menacées, voient leur capacité d’adaptation s’affaiblir face aux changements environnementaux.
Pour Ladislas Witanene, la cause principale est humaine. L’exploitation irrationnelle des ressources forestières, notamment à travers la coupe de bois, la carbonisation et le sciage, accélère la dégradation du parc. Ces activités, souvent illégales et incontrôlées, perturbent durablement la biodiversité.
Face à l’urgence écologique, l’acteur environnemental appelle à des mesures immédiates et concrètes. Renforcer les capacités des éco-gardes est une priorité :
« Il faut les équiper pour qu’ils puissent bien jouer leur rôle », insiste-t-il, en demandant aussi une répression stricte des activités illégales.
Il plaide enfin pour des alternatives socio-économiques durables au profit des communautés riveraines. Selon lui, seule une approche intégrée, qui combine protection environnementale et amélioration des conditions de vie locales, permettra de réduire durablement la pression sur le parc.
Alvin Buzaki



