Shabunda : La route de la peur, entre violences répétées et cri d’alarme des défenseurs des droits humains

La route Kimbili–Kigulube–Shabunda, axe vital pour les échanges et la mobilité des populations locales, est aujourd’hui plongée dans une insécurité alarmante. Un nouvel incident tragique est survenu dans le village de Mulanga la journée du 23 avril, illustre la gravité de la situation et ravive l’inquiétude des habitants.
Selon plusieurs sources locales, un élément incontrôlé des FARDC aurait ouvert le feu sur trois civils dont une femme, un homme et un enfant, avant de s’emparer d’une importante somme d’argent estimée à 5 623 000 francs congolais. Les victimes, qui se déplaçaient sur cet axe, n’ont pas survécu à cette attaque brutale.
Face à cette situation, les appels à l’action se multiplient.
Les acteurs locaux demandent notamment la suppression des barrières érigées le long de cette route, accusées de faciliter les abus et de freiner la libre circulation des personnes et des biens. Ils exhortent également les autorités militaires à renforcer le contrôle de leurs éléments et à faire respecter strictement la loi.
Interrogé par la rédaction de Média-Vert, Moïse BUTIMBUSHI, expert en droits humains, président du conseil d’administration et cofondateur de la Fondation Michael Sharp Jesse (FOMIS), n’a pas mâché ses mots .
« Nous, en tant que FOMIS, condamnons avec la plus grande fermeté ces actes qui continuent de déchirer une population déjà extrêmement vulnérable à cause des conflits armés. Ce type de violences, lorsqu’il est perpétré par des hommes censés protéger les civils, constitue une grave atteinte aux droits humains et à la confiance envers les institutions. »
Poursuivant son analyse, il insiste sur l’urgence de mesures concrètes .
« Il est impératif que les autorités prennent des dispositions immédiates pour identifier, isoler et sanctionner les éléments incontrôlés au sein des forces de sécurité. L’impunité ne peut plus être tolérée. Elle alimente la répétition de ces crimes et installe un climat de peur durable. »
Moïse BUTIMBUSHI souligne également la nécessité d’un accompagnement des victimes et d’une réforme en profondeur des mécanismes de contrôle.
« Au-delà des sanctions, il faut penser à la réparation pour les familles affectées, mais aussi à la prévention. Cela passe par un encadrement strict des forces sur le terrain, une meilleure formation en droits humains et une collaboration étroite avec les communautés locales. »
Alors que la route Kimbili–Kigulube–Shabunda continue de se transformer en un corridor de dangers, les habitants, eux, espèrent des actions rapides et visibles. Car pour beaucoup, chaque déplacement est désormais une prise de risque, et chaque silence des autorités, une inquiétude de plus.
Alvin Buzaki



