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Sud-Kivu : Le PNKB en danger, quand l’insécurité accélère la disparition des forêts et met les gorilles de Grauer en sursis

Au Sud-Kivu, le Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB), véritable trésor naturel classé patrimoine mondial, traverse une période critique. L’insécurité persistante dans la région a peu à peu paralysé les activités de surveillance. En l’absence de contrôle efficace, l’exploitation anarchique des ressources forestières s’intensifie, fragilisant gravement l’équilibre écologique du parc et menaçant des espèces emblématiques, dont les gorilles de Grauer.

Pour Ladislas WITANENE, les effets de cette déforestation ne se limitent plus au parc. Ils se font déjà ressentir dans la ville de Bukavu. Il explique que, compte tenu du relief accidenté de la ville et de sa proximité avec le lac Kivu, la réduction du couvert forestier perturbe le cycle de l’eau. Résultat : certains quartiers connaissent des pénuries répétées, tandis que la population subit une chaleur de plus en plus inhabituelle. Une situation qu’il relie directement à la déforestation du PNKB et des forêts environnantes, aggravée par les effets du changement climatique.

À cela s’ajoutent des phénomènes de plus en plus fréquents d’érosion et de glissements de terrain, conséquence directe de la disparition de la végétation.L’impact se fait également sentir dans le secteur agricole.

Ladislas WITANENE souligne un dérèglement progressif des saisons culturales, marqué par une baisse des précipitations. Dans plusieurs zones du Sud-Kivu, notamment à Kalehe, Mwenga et même à Bukavu, agriculteurs et éleveurs doivent désormais composer avec des périodes de sécheresse prolongées. Paradoxalement, ces épisodes s’accompagnent aussi d’inondations de plus en plus fréquentes, révélant un déséquilibre écologique profond.Mais au cœur de cette crise, les premiers à payer le prix fort restent les gorilles de Grauer.

Cette espèce endémique du PNKB voit son habitat se réduire dangereusement. La déforestation limite leurs zones de nourrissage et de reproduction. En parallèle, l’ouverture de nouvelles pistes forestières facilite le braconnage.

La fragmentation de leur habitat isole les groupes, empêchant le brassage génétique et augmentant les risques de consanguinité, ce qui compromet sérieusement leur survie à long terme.Dans ce contexte déjà alarmant, l’insécurité continue de compliquer les efforts de conservation. Les eco-gardes, souvent en nombre insuffisant ou contraints de réduire leurs patrouilles, peinent à contenir l’exploitation illégale du bois et la présence de groupes armés. Peu à peu, ce sanctuaire naturel cède sous la pression humaine et devient un espace de plus en plus vulnérable.

Face à cette situation d’urgence, les acteurs de la société civile tirent la sonnette d’alarme. Ils appellent à une mobilisation collective pour rétablir la sécurité dans et autour du parc, renforcer les mécanismes de protection et impliquer davantage les communautés locales dans une gestion durable des ressources naturelles.

Sans une action rapide et coordonnée, le PNKB risque de perdre ce qui fait sa richesse… et le monde, une part précieuse de son patrimoine naturel.

Alvin BUZAKI

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