Sud-Kivu : Les plantes médicinales, trésor vivant entre santé, héritage et survie économique, Bernard ZAGABE nous explique

À l’occasion de la Journée mondiale de la vie sauvage, célébrée ce 3 mars sous le thème « Plantes médicinales et aromatiques : conserver la santé, l’héritage et les moyens d’existence », notre rédaction s’est entretenue avec un spécialiste herboriste de Bukavu.
Dans un contexte où les communautés riveraines du Parc National de Kahuzi-Biega et de la Réserve Naturelle d’Itombwe dépendent largement des ressources naturelles pour leur santé et leurs revenus, la question de la conservation se pose avec urgence.
Pour Bernard ZAGABE herboriste à Bukavu, les plantes médicinales ne sont pas de simples feuilles ou racines : elles sont une mémoire vivante.
« Les plantes médicinales et aromatiques font partie de notre identité. Ici au Sud-Kivu, beaucoup de familles se soignent encore grâce aux écorces, aux racines et aux feuilles que nous trouvons dans nos forêts. Ce savoir ne vient pas des livres, il vient de nos ancêtres. Si la forêt disparaît, ce savoir disparaît aussi ».
Selon lui, la pression sur les aires protégées est aujourd’hui préoccupante.
« Les populations autochtones et riveraines cherchent ces plantes dans le Parc National de Kahuzi-Biega et dans la Réserve Naturelle d’Itombwe parce qu’elles n’ont pas toujours accès aux médicaments modernes. Mais l’exploitation devient problématique quand elle n’est pas encadrée. Certaines espèces deviennent rares ».
Au-delà de l’enjeu sanitaire, Bernard ZAGABE insiste sur la dimension économique.
« Les plantes aromatiques et médicinales constituent un moyen d’existence pour beaucoup de ménages. Certaines femmes vivent de la vente des feuilles séchées ou des poudres traditionnelles au marché. Si on organise bien la filière, cela peut devenir une source de revenus durable, sans détruire la forêt ».
Interrogé sur les pistes de solution, ZAGABE plaide pour une approche communautaire.
« Il faut former les communautés à la domestication de certaines espèces médicinales. Nous ne devons pas tout prendre dans les aires protégées. On peut cultiver plusieurs plantes dans les champs ou autour des maisons. La conservation ne doit pas être perçue comme une interdiction, mais comme une responsabilité partagée. », ajoute-t-il
Dans une province marquée par l’insécurité et la précarité, la protection des plantes médicinales apparaît ainsi comme un enjeu à la fois environnemental, culturel et socio-économique.
La Journée mondiale de la vie sauvage rappelle que la biodiversité ne se limite pas aux espèces emblématiques : elle inclut aussi ces plantes discrètes qui soignent, nourrissent et font vivre des communautés entières.
Alvin BUZAKI


