Sud-Kivu : Les hippopotames au bord du silence dans la pleine, victimes oubliées de la guerre leur extinction demeure imminente.

Dans la plaine de la Ruzizi, au cœur de la province du Sud-Kivu, un drame écologique se joue loin des projecteurs. Autrefois emblématiques de cet écosystème riche et vivant, les hippopotames disparaissent progressivement, pris en étau entre conflit armé, insécurité alimentaire et pression humaine croissante.
Depuis le début de l’année 2024, la situation s’est brutalement aggravée. La reprise des violences dans l’est de la République démocratique du Congo a entraîné des conséquences inattendues sur la faune sauvage. Les hippopotames, déjà fragilisés, sont aujourd’hui chassés pour leur viande, devenue une ressource de survie pour certaines communautés et groupes armés.
Acteur engagé de la société civile environnementale et chargé de programme au sein de Congo Basin Conservation Society, Ladislas WITANENE tire la sonnette d’alarme.
« En cette période, nous regrettons le massacre que subissent les hippopotames dans la plaine de la Ruzizi… cela a commencé depuis le début de l’année 2024 avec l’apparition de la guerre ».
Selon lui, la guerre a profondément modifié les comportements.
« Nous avons vu certains groupes armés, mais aussi la population locale, transformer la viande de l’hippopotame en ration alimentaire », explique-t-il.
Une pratique qui, bien qu’inscrite dans un contexte de survie, accélère dangereusement la disparition de l’espèce.
Au-delà de la chasse, c’est tout l’écosystème qui est en péril. La plaine de la Ruzizi, qui s’étend entre le lac Tanganyika et la rivière Ruzizi, constitue un habitat essentiel pour ces grands mammifères. Mais l’insécurité persistante ouvre la voie aux braconniers et limite les capacités de surveillance et de conservation.
Face à cette situation, les appels se multiplient. Ladislas Witanene insiste sur la nécessité d’une réponse coordonnée.
« Nous continuons à dénoncer auprès des autorités locales, du gouverneur de province, ainsi qu’aux acteurs nationaux et internationaux, afin de développer des mesures et une politique adaptée à cette période de guerre pour protéger les hippopotames. »
Parmi les pistes évoquées, figure une mesure aussi pragmatique que sensible, renforcer l’approvisionnement alimentaire des forces engagées sur le terrain.
« Nous demandons l’implication du gouverneur pour actualiser ou renforcer les rations des militaires FARDC et des résistants Wazalendo, afin qu’ils abandonnent la consommation des hippopotames ».
L’appel s’adresse également aux organisations humanitaires.
Dans un contexte où la faim pousse à des choix extrêmes, des distributions de vivres pourraient réduire la pression sur la faune.
« Les ONG internationales doivent organiser des missions de distribution au niveau des communautés locales qui menacent et tuent les hippopotames pour des fins comestibles », ajoute-t-il.
Signalons tout de même que les hippopotames jouent un rôle crucial dans la régulation des écosystèmes aquatiques et terrestres.
Alvin Buzaki



