Aires Protégées

Sud-Kivu : A Miti, l’alerte est donnée face au dénudement progressif du Parc national de Kahuzi-Biega

L’inquiétude monte dans le groupement de Miti, territoire de Kabare, au Sud-Kivu. Les autorités locales tirent la sonnette d’alarme face à la dégradation accélérée du Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), une aire protégée classée patrimoine mondial de l’UNESCO, aujourd’hui menacée par l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Selon le secrétaire administratif du groupement de Miti, Charles Lushombo, plusieurs activités illicites se déroulent à l’intérieur et aux abords du parc. Exploitation clandestine des minerais, abattage anarchique des arbres pour la fabrication de planches, production et commerce intensif de braises : autant de pratiques qui participent au dénudement progressif de cet écosystème fragile.

« Nous, autorités locales, déplorons au plus haut niveau la destruction de l’écosystème du PNKB par différentes personnes. L’abattage des arbres, l’exploitation illicite des minerais et la fabrication des planches nous indignent profondément », affirme Charles Lushombo.

Sur l’axe reliant Mudaka à Miti, les signes de cette déforestation sont visibles à l’œil nu. Des marchés de braises s’alignent le long de la route, tandis que vers Bunyakiri et Kabamba, la vente du charbon de bois s’est banalisée, révélant l’ampleur d’un commerce alimenté directement par les ressources du parc.

« Des personnes viennent de Mudaka, pénètrent dans le parc, coupent les arbres et traversent la rivière Mushuva pour venir vendre les braises dans le groupement de Miti », déplore l’autorité administrative, qui appelle les autorités compétentes à intervenir sans délai.

Ces actes constituent pourtant une violation flagrante de la législation congolaise. La Loi n°14/003 du 11 février 2014 relative à la conservation de la nature interdit strictement toute activité de déboisement, d’exploitation minière, forestière ou agricole à l’intérieur des aires protégées. De même, le Code forestier congolais (Loi n°011/2002) proscrit l’exploitation anarchique des ressources forestières et la production illégale de charbon de bois, surtout dans des zones classées.

À ces textes nationaux s’ajoutent les engagements internationaux de la RDC, notamment ceux liés à la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO, qui impose aux États parties l’obligation de protéger, conserver et transmettre aux générations futures les sites inscrits, tels que le Parc national de Kahuzi-Biega.

Pour Charles Lushombo, l’enjeu dépasse la simple application des lois.

« Toute personne qui envahit le parc avec des scies, des machettes ou des machines doit savoir qu’elle détruit un écosystème vital. C’est cet environnement qui nous permet de respirer et de vivre », insiste-t-il.

Depuis plusieurs années, le PNKB fait face à des menaces multiples, exacerbées par l’insécurité persistante dans la région, la pression démographique et la pauvreté des communautés riveraines. Des acteurs de la société civile, des défenseurs de l’environnement et des leaders communautaires appellent à une réponse urgente, coordonnée et durable pour sauver ce patrimoine naturel en péril.

À Miti, l’alerte lancée par les autorités locales sonne comme un cri de survie pour le Parc national de Kahuzi-Biega : un rappel que la protection des aires protégées n’est pas un choix, mais une obligation légale, écologique et morale.

Rédaction

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