Biodiversité

RDC : 600 000 hectares attribués, les communautés locales et les Peuples autochtones retrouvent leur reconnaissance légale de gardiens de la forêt grâce à Strong Roots Congo

RDC : 600 000 hectares attribués, les communautés locales et les Peuples autochtones retrouvent leur reconnaissance légale de gardiens de la forêt grâce à Strong Roots Congo

À l’Est de la RDC, la protection de la nature a longtemps été utilisée au détriment des communautés locales. Les parcs nationaux, censés protéger la biodiversité, ont souvent entraîné déplacements forcés, pauvreté et violences pour les communautés locales et les Peuples autochtones. Les Batwa, héritiers des forêts de Kahuzi-Biega, en ont payé le prix fort : familles expulsées, moyens de subsistance détruits et savoirs traditionnels bafoués.

Mais aujourd’hui, un souffle d’espoir renaît. Dominique Bikaba, natif de la région et témoin direct de ces expulsions, a décidé de transformer l’histoire de la conservation. À la tête de Strong Roots Congo, l’organisation accompagne la mise en place d’un corridor écologique d’un million d’hectares reliant le Parc National de Kahuzi-Biega à la Réserve Naturelle d’Itombwe. Objectif : réconcilier conservation et justice sociale, pour que les hommes et la nature puissent coexister sans que l’un ne sacrifie l’autre.

“Protéger la nature ne doit plus signifier exclure les communautés forestières. Les peuples forestiers sont depuis toujours ses gardiens,” affirme Bikaba à Mongabay.

Le projet consiste à sécuriser légalement des terres forestières pour les communautés en tant que concessions forestières communautaires ou CFCL, où la faune et les hommes peuvent cohabiter. Ces concessions, obtenues grâce à un dialogue permanent avec les autorités locales et les chefs coutumiers, permettent aux populations de pratiquer une gestion durable des forêts tout en retrouvant et sécurisant leurs droits ancestraux. Selon Mongabay, 23 concessions forestières des communautés locales ont déjà été sécurisées (en 2022 et en 2024), couvrant près de 600 000 hectares. Les communautés reprennent enfin et légalement leur rôle de protecteurs de la forêt, tout en développant des activités agricoles et d’exploitation forestière compatibles avec la conservation de la faune, comme le café, les arachides ou d’autres cultures locales qui ne menacent pas les espèces de la faune qui y vivent, y compris les gorilles, les chimpanzés, les éléphants, etc.

L’organisation ne se contente pas de réparer les torts : elle construit un modèle alternatif, basé sur le respect des droits coutumiers, l’implication des communautés et la cohabitation avec la faune sauvage. Cette approche pourrait devenir une nouvelle norme de conservation en Afrique, loin des modèles d’exclusion imposés par le système colonial.

Le projet n’est pas sans obstacles. L’Est de la RDC reste instable, avec l’activité des groupes armés dans la région, empêchant l’accès à certaines zones du projet. Le financement et les démarches administratives, y compris la sensibilisation des autorités locales sont également des défis quotidiens.

Pourtant, le courage des communautés locales et l’engagement de Strong Roots Congo montrent que la conservation peut rimer avec la justice sociale, et que même dans des zones de conflit, il est possible de protéger la biodiversité sans sacrifier les droits humains.

“Si nous abandonnons ces communautés maintenant, la forêt sera à nouveau détruite. Sécuriser les terres forestières, c’est protéger les communautés et les animaux qui y vivent,” explique Anastasie Bahati, responsable du programme de foresterie communautaire à Strong Roots.

Le corridor communautaire entre le Parc National de Kahuzi-Biega et la Réserve Naturelle d’Itombwe est plus qu’un simple projet écologique : c’est une réparation historique, un signal fort que les peuples forestiers peuvent être reconnus légalement des gardiens de leurs forêts. Grâce à l’initiative de Strong Roots, la RDC pourrait montrer au monde que protéger la biodiversité n’exige pas d’expulser les communautés de leurs terres traditionnelles, mais de leur donner le pouvoir et les droits qu’ils méritent de gouvernance et de gestion de leurs ressources forestières.

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