Mwenga : le système « HILLUX », une exploitation silencieuse qui prive les enfants de leur droit à l’éducation

Le mauvais état de la Route Nationale numéro 2 (RN2), pourtant d’intérêt national, a engendré au fil des décennies un phénomène aux conséquences humaines alarmantes dans le territoire de Mwenga ; le système dit « HILLUX ». Derrière ce terme devenu courant dans la région se cache une pratique qui prive progressivement des centaines d’enfants de leur droit fondamental à l’éducation.
La RN2 constitue un axe stratégique reliant Mwenga à d’autres territoires, jusqu’à la province de Maniema. Essentielle pour le développement socio-économique local, cette route est aujourd’hui dans un état critique. En saison pluvieuse, son impraticabilité devient quasi-totale, des flaques d’eau se transforment en bourbiers, paralysant la circulation et bloquant les véhicules de transport de marchandises.
C’est dans ce contexte qu’est né, depuis plus un moment, le système HILLUX, rapportent les sources locales contactées par Média-Vert. Lorsque les camions ne peuvent plus avancer, des personnes se substituent aux engins de transport, portant les marchandises à dos d’homme depuis les bourbiers jusqu’à leur destination finale. Si ce phénomène concerne les hommes, les femmes et même les personnes âgées, il touche de manière particulièrement grave les enfants en âge scolaire.
Sur la route de Mwenga, ces enfants principalement âgés de 5 à 17 ans sont souvent déguisés en simples porteurs, afin de masquer leur statut réel. Ils transportent des charges lourdes sur de longues distances, au détriment de leur présence à l’école. Jour après jour, l’école est abandonnée au profit d’un travail pénible, dangereux et informel, transformant l’enfance en une main-d’œuvre de survie.
Cette situation constitue une violation flagrante des droits de l’enfant, laissent entendre certains défenseurs de droit de l’enfant, notamment le droit à l’éducation, à la santé, au développement et à la dignité humaine. En étant contraints de travailler dans des conditions extrêmes, ces enfants voient leur avenir compromis. L’analphabétisme, l’abandon scolaire et la reproduction du cycle de pauvreté deviennent des conséquences inévitables.
Au-delà des enfants, le système HILLUX a des répercussions sociales profondes. Des femmes et des hommes abandonnent les activités agricoles pour se consacrer à ce portage forcé, tandis que les risques sanitaires et physiques se multiplient ; blessures, maladies, épuisement, voire pertes en vies humaines. Une pratique qui, selon plusieurs acteurs locaux, déshumanise l’individu et nie la valeur intangible de la dignité humaine.
Face à cette situation, la responsabilité de l’État congolais est directement engagée. Garant des droits fondamentaux de ses citoyens, il est appelé à apporter une réponse structurelle et durable, notamment par la réhabilitation urgente de la RN2 et la lutte effective contre le travail des enfants. Car si le phénomène HILLUX procure des revenus péniblement gagnés à court terme, les conséquences à long terme sont lourdes et irréversibles, en particulier pour les enfants de Mwenga.
En définitive, le système HILLUX reste le symbole d’un abandon institutionnel et d’un calvaire quotidien pour la population locale. Mettre fin à cette pratique, c’est non seulement restaurer la dignité humaine, mais surtout redonner aux enfants de Mwenga leur place légitime ; celle des bancs de l’école, et non des bourbiers de la RN2.
Rédaction


