KABARE : À Mudusa, l'obstruction des caniveaux menace la RN5 et illustre une crise de gestion des eaux pluviales

À l’approche de la saison des pluies, des tonnes de matériaux de construction bouchent le système de drainage du groupement de Mudusa, faisant craindre inondations et éboulements. Une alerte de la société civile qui pose la question de l’adaptation climatique dans le Sud-Kivu.
Par Alvin BUZAKI | Média-Vert, Sud-Kivu
Le long de la Route Nationale numéro 5 (RN5), artère vitale du Sud-Kivu, les caniveaux ne drainent plus rien. Remplis de sable, de graviers, de moellons et de briques, ils sont transformés en dépôts pour chantiers de construction. Un dysfonctionnement apparemment anodin qui, à l’approche de la saison des pluies, fait craindre une catastrophe environnementale et humaine.
L’alerte est lancée par la Nouvelle Dynamique de la Société Civile (NDSCI) de Mudusa.
« La plupart des caniveaux de la Route Nationale N°5 et des routes principales et secondaires qui traversent le Groupement de Mudusa sont complètement bouchés », constate Elvis CIRIMWAMI, président de la NDSCI Mudusa. Selon lui, certains matériaux y séjournent depuis plusieurs mois.
Quand la ville bloque le cycle de l’eau
Dans cette zone péri-urbaine de Bukavu, le problème est à la fois environnemental et infrastructurel. Les caniveaux ont une fonction écologique essentielle : collecter les eaux de ruissellement et les conduire vers des exutoires naturels, évitant ainsi l’érosion.
Lorsque ces ouvrages sont obstrués, l’eau cherche une autre voie. Sur les collines de Kabare, aux sols déjà fragilisés par la déforestation et l’urbanisation non planifiée, l’eau concentrée accélère l’érosion, déstabilise les versants et augmente le risque d’éboulements.
« Lorsque l’eau ne peut plus circuler normalement, elle augmente la vitesse du ruissellement. Elle peut contribuer à la déstabilisation des sols », explique la NDSCI dans son rapport d’alerte.
Une situation aggravée par le changement climatique. Le Sud-Kivu connaît depuis plusieurs années une intensification des épisodes de pluies extrêmes, rendant les systèmes de drainage obsolètes encore plus vulnérables.
La RN5, une infrastructure sous pression
La dégradation ne menace pas seulement les habitations en contrebas. La RN5 elle-même est en danger.
L’accumulation prolongée d’eau sur la chaussée favorise l’infiltration dans les couches inférieures de la route, provoquant fissures, nids-de-poule et affaissement. Pour une route qui assure l’approvisionnement de Bukavu et la connexion avec le nord de la province, la menace est économique.
Les populations en première ligne
Au-delà des infrastructures, c’est la sécurité publique qui est en jeu. Des caniveaux remplis d’eau boueuse lors des orages deviennent des pièges invisibles.
La NDSCI évoque un risque élevé de noyades, « particulièrement pour les enfants » qui empruntent quotidiennement ces routes pour se rendre à l’école.
Prévenir plutôt que réparer : les solutions
Pour la société civile, la solution ne réside pas seulement dans le curage. Elle est aussi dans la gouvernance.
La NDSCI Mudusa formule deux recommandations :
1. Responsabiliser les riverains : Interdire formellement l’utilisation des caniveaux comme lieu de stockage de matériaux et exiger leur libération immédiate.
2. Renforcer le contrôle public : Appeler l’Office des Routes et les services d’assainissement à instaurer des contrôles réguliers et des sanctions dissuasives.
« La meilleure prévention reste l’action anticipée. Ouvrons les caniveaux maintenant pour laisser passer les eaux de pluie », insiste Elvis CIRIMWAMI.
À Mudusa, le curage des caniveaux avant octobre pourrait éviter que la saison des pluies ne se transforme en saison des catastrophes. Un test local de l’adaptation d’une province entière face aux nouvelles réalités climatiques.



