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Bukavu : La mémoire de Michael Sharp Jesse transformée en appel à l'engagement pour la paix

À l’occasion de la Journée internationale de la paix, la Fondation Michael Sharp Jesse invite les jeunes à faire de la prévention des violences une responsabilité collective.

Par Alvin BUZAKI, Média-Vert, Sud-Kivu

La Journée internationale de la paix a pris une dimension particulière à Bukavu. Autour de la mémoire de Michael Sharp Jesse, chercheur et artisan de paix américain tué en RDC en 2017 avec sa collègue Zaida Catalán, la Fondation Michael Sharp Jesse (FOMIS) a organisé un atelier sous le thème : « Michael Sharp Jesse : une vie consacrée à la paix, un héritage à poursuivre ».

L’objectif : dépasser la commémoration pour transformer la mémoire en responsabilité collective. L’activité s’est structurée autour de trois axes : jeunesse, prévention des violences et lien entre mémoire, justice et paix.

La paix, au-delà de l’absence de guerre

Le premier thème, « Jeunesse, paix et réconciliation : bâtir ensemble un avenir sans violence », a placé les jeunes au centre de la réflexion.

Selon Éric, intervenant sur cette thématique, la paix ne devrait pas être réduite à la simple cessation des affrontements armés. Elle implique également le respect des droits humains et la capacité des individus à privilégier le dialogue dans leurs relations quotidiennes.

Dans cette perspective, la communication non violente apparaît comme un outil de prévention susceptible de contribuer à réduire les tensions et à favoriser des relations sociales plus pacifiques.

Cette approche prend une importance particulière dans une région de l’est de la RDC marquée depuis plusieurs décennies par les conflits armés. Elle déplace ainsi la question de la paix du seul terrain militaire vers celui des comportements, des relations interpersonnelles et de la responsabilité citoyenne.

Prévenir avant de recourir à la médiation

Le deuxième thème, « Ensemble pour la paix : prévenir les violences, restaurer la confiance et renforcer la cohésion sociale », a été développé par Madame Hubert.

Son intervention a notamment insisté sur le rôle de la famille, présentée comme la cellule de base de la société, mais également sur l’importance de l’anticipation dans la gestion des conflits.

Pour elle, la prévention ne devrait pas commencer au moment où le conflit devient ouvert. Elle doit intervenir en amont, notamment par l’identification des causes susceptibles de provoquer ou d’aggraver les tensions.

Cette démarche place donc l’analyse des causes au cœur du processus de résolution.

Selon Madame Hubert, le dialogue doit intervenir avant que les tensions ne deviennent incontrôlables. La médiation ne serait envisagée qu’en dernier recours lorsque les deux parties ne parviennent pas à trouver elles-mêmes un terrain d’entente.

Une telle approche inscrit la consolidation de la paix dans une logique préventive plutôt que strictement réparatrice.

Faire du sacrifice un engagement collectif

Le troisième axe, « Mémoire, Justice et Paix : faire du sacrifice de Michael Sharp un engagement collectif », a été présenté par Valérien Lungele.

Son intervention est revenue sur le parcours de Michael Sharp Jesse et sur son travail en République démocratique du Congo dans le domaine de la paix et de la réconciliation.

Selon les éléments présentés au cours de l’atelier, Michael Sharp Jesse avait notamment travaillé avec des groupes armés dans le cadre d’une approche reposant sur le dialogue, l’écoute et la compréhension des personnes accompagnées.

La question centrale soulevée par cette réflexion est dès lors celle de la transformation de la mémoire en action : comment faire du souvenir d’un artisan de paix un engagement concret en faveur de la prévention des violences et de la cohésion sociale ?

De la commémoration à la responsabilité collective

Répondant aux questions des journalistes, Moïse Butimbushi, spécialiste des droits humains, président du conseil d’administration et cofondateur de la Fondation Michael Sharp Jesse, a expliqué la démarche de la FOMIS.

Selon lui, l’objectif est de consacrer cette Journée internationale de la paix à la mémoire de Michael Sharp Jesse, mais surtout de transformer cette mémoire en un engagement collectif en faveur de la paix.

« Il s’agit notamment d’interpeller la communauté de Bukavu, et particulièrement les jeunes, sur la responsabilité de chacun dans la prévention des violences, la promotion du dialogue, la restauration de la confiance, la réconciliation et le renforcement de la cohésion sociale », explique-t-il.

Cette conception élargit la responsabilité de la construction de la paix. Elle ne repose plus exclusivement sur les gouvernements, les organisations internationales ou les acteurs directement impliqués dans les conflits.

La FOMIS souhaite ainsi encourager les citoyens, particulièrement les jeunes, à considérer la paix comme une responsabilité quotidienne.

Une réflexion adaptée au contexte de l’Est de la RDC

L’intérêt de cette démarche réside également dans son inscription dans un contexte régional où les conséquences des conflits dépassent largement les affrontements armés.

Les violences affectent les relations entre communautés, fragilisent la confiance et peuvent compliquer les processus de réconciliation. Dans un tel environnement, la prévention, le dialogue et la restauration des liens sociaux constituent des dimensions importantes de la consolidation de la paix.

C’est dans cette logique que la FOMIS a voulu placer la jeunesse au centre de la réflexion. L’enjeu n’est pas uniquement de transmettre la mémoire d’une personnalité ayant œuvré pour la paix, mais également de permettre aux nouvelles générations de réfléchir aux mécanismes qui peuvent prévenir la répétition des violences.

« La paix est un chantier de longues années »

Parmi les participantes à l’atelier, la Professeure Jeanne Mujijima, spécialiste de la résolution pacifique des conflits, a livré une appréciation positive de la démarche.

Elle estime que la Journée internationale de la paix peut constituer un espace utile lorsqu’elle permet de dépasser les célébrations symboliques pour aborder des questions concrètes liées aux réalités du terrain.

Pour elle, l’intérêt de l’activité organisée par la FOMIS réside notamment dans son caractère pratique.

« Il ne s’agit pas de philosophie », souligne-t-elle, estimant que les participants ont pu identifier des éléments susceptibles d’être mobilisés dans leurs propres actions en faveur de la paix.

Elle résume cette conception en présentant la paix comme « un chantier de longues années », un processus auquel chaque citoyen peut apporter sa contribution.

Cette vision rejoint l’idée selon laquelle la consolidation de la paix ne peut être réduite à la signature d’accords ou à la fin des hostilités. Elle implique également des processus de long terme portant sur la confiance, le dialogue, la justice, la réconciliation et les relations entre les membres d’une même société.

Faire de la mémoire un levier pour l’avenir

À travers cet atelier, la Fondation Michael Sharp Jesse entend donc inscrire la mémoire de son homonyme dans une dynamique tournée vers l’avenir.

Le choix de consacrer une partie importante des échanges à la jeunesse traduit une volonté de considérer celle-ci non seulement comme bénéficiaire des efforts de paix, mais aussi comme un acteur potentiel de sa construction.

La prévention des violences, la communication non violente, l’identification précoce des causes des conflits, le dialogue, la restauration de la confiance et la cohésion sociale apparaissent ainsi comme autant de leviers évoqués au cours des échanges.

Dans cette perspective, le véritable enjeu de la commémoration n’est pas seulement de se souvenir de Michael Sharp Jesse, mais de déterminer ce que cette mémoire peut produire dans la société actuelle.

À Bukavu, la FOMIS entend ainsi faire de cette mémoire un point de départ pour une réflexion collective sur la responsabilité de chaque citoyen dans la construction d’une paix durable.

Car si la paix demeure un processus de longue durée, comme l’a souligné la Professeure Jeanne Mujijima, sa construction commence aussi par des gestes quotidiens : écouter, dialoguer, prévenir les tensions et restaurer la confiance.

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