Assainissement

Kabare : À Mudusa, la terre s’ouvre et des centaines de familles vivent au bord du gouffre

Depuis près de deux ans, le sol se fissure inexorablement dans les villages de Luhore, Cirambi et Buhozi, situés dans le groupement de Mudusa, en territoire de Kabare, au Sud-Kivu.

Affaissements, éboulements et écroulements de terres s’y multiplient, laissant derrière eux des maisons détruites, des vies bouleversées et près de 457 ménages plongés dans une détresse prolongée.

« Nous sommes dans une grande difficulté, une difficulté connue depuis le mois d’avril 2024 jusqu’à aujourd’hui, février 2026 », alerte Hériter MONGANE, porte-parole des sinistrés.

Voix marquée par l’inquiétude, il précise que la catastrophe ne relève plus de l’exceptionnel, mais d’une crise installée.

« Celle-ci constitue un problème sérieux pour la population et nous avons même déjà enregistré quelques pertes en vies humaines ».

Les premiers effondrements majeurs ont été signalés en avril 2024. Des pans entiers de collines se sont affaissés, engloutissant plusieurs habitations à Luhore, Cirambi et Buhozi.

« Cette situation avait emporté plusieurs maisons d’habitation et poussé plusieurs familles à fuir leur ménage », raconte Hériter Mongane.

Les survivants ont dû abandonner leurs biens, cherchant refuge chez des proches ou dans des abris de fortune.

À peine deux mois plus tard, en juin 2024, une seconde vague de catastrophes naturelles a aggravé le drame.

« Une deuxième vague s’est produite, poussant des centaines de familles à fuir leurs ménages », poursuit le porte-parole.

Selon lui, ces nouveaux effondrements ont détérioré davantage des conditions de vie déjà précaires, transformant des agriculteurs autonomes en déplacés internes dépendants de la solidarité locale.

Aujourd’hui encore, le phénomène ne faiblit pas, notamment à Buhozi, où de nouvelles fissures apparaissent régulièrement dans les champs et à proximité des habitations, fait savoir Héritier Mongane.

« Ces affaissements ne cessent d’être répertoriés çà et là, poussant toujours des familles à fuir leur demeure sans destination quelconque ».

Les habitants vivent dans la peur permanente de voir la terre céder sous leurs pieds, surtout en période de pluies.

Au-delà des pertes matérielles, les conséquences sociales sont lourdes. Des familles entières dorment à la belle étoile ou s’entassent dans des abris temporaires, sans accès adéquat à l’eau potable, aux soins de santé ou à l’éducation pour les enfants, insiste-t-il.

« Nous n’avons jamais connu d’aide venant de qui que ce soit ».

Selon lui, aucune assistance humanitaire structurée n’a été déployée jusqu’à présent pour ces 457 ménages affectés.

Plus préoccupant encore, les communautés affirment n’avoir reçu aucune visite d’experts pour analyser les causes de ces déchirements du sol, regrette le porte-parole des sinistrés.

« Nous n’avons jamais vu des chercheurs venir étudier les causes de ces déchirements des terres ».

Dans une région marquée par la pression démographique, la déforestation et les effets du changement climatique, l’absence d’études géologiques ou environnementales laisse les populations dans l’incertitude la plus totale.

Face à cette situation, les sinistrés lancent un appel pressant aux autorités et aux organisations humanitaires.

 « Nous avons besoin d’être aidés », martèle-t-il.

Au-delà de l’urgence humanitaire, ils réclament une évaluation scientifique des risques afin d’identifier des zones sûres de relocalisation et d’éviter de nouvelles pertes.

À Mudusa, la terre continue de se fissurer, mais c’est aussi le tissu social qui se fragilise. Entre peur quotidienne, absence d’assistance et silence institutionnel, les habitants de Luhore, Cirambi et Buhozi espèrent que leur cri d’alarme sera enfin entendu avant qu’un nouveau drame ne vienne alourdir un bilan déjà douloureux.

Alvin BUZAKI

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