
Ce 11 février 2026, le monde célèbre la Journée mondiale des malades autour du thème : « La compassion au samaritain, aimer en portant la douleur de l’autre ». Une invitation forte à la solidarité et à l’empathie envers les personnes souffrantes. À Mwenga, dans la province du Sud-Kivu, cette journée revêt une signification toute particulière, au regard du contexte sécuritaire et humanitaire qui fragilise davantage l’accès aux soins de santé.
Pour le Dr Franklin Mweshi, spécialiste en santé publique et médecin directeur de l’Hôpital général de Référence de Mwenga, le thème choisi cette année interpelle chaque citoyen et chaque prestataire de santé.
» La journée mondiale des malades est célébrée en ce jour sous le thème “la compassion au samaritain, aimer en portant la douleur de l’autre” ce qui reste capital pour cette journée : on doit porter la douleur de l’autre. On doit savoir que ceux qui sont malades souffrent terriblement et ils ont besoin d’aide. L’aide viendra des accompagnateurs, de la famille mais aussi de nous, prestataires des soins ; nous devons normalement assurer l’aide à nos malades.«
Un message qui place l’humain au centre des soins, au-delà des traitements médicaux, dans un esprit de solidarité collective.
Cependant, la réalité quotidienne des habitants de Mwenga contraste douloureusement avec cet idéal de compassion. Le médecin directeur dresse un tableau plutôt préoccupant de la situation sanitaire locale .
« Sincèrement la population de Mwenga souffre parce qu’elle est enclavée du fait de la guerre. Il y a une partie sous occupation AFC/M23 et l’autre sous les éléments des FARDC, appuyés par les Wazalendo. Dans ce contexte sécuritaire instable, l’accès aux soins reste sérieusement limité. L’impraticabilité de la route, qui est en très mauvais état, exacerbe malheureusement cette non-accessibilité aux médicaments. Dans ces conditions, la vie devient hyper chère et la disponibilité des médicaments pose un sérieux problème. »
À ces difficultés s’ajoutent les défis liés à la mise en œuvre de la couverture santé universelle.
» Nous savons bien que le président de la République avait lancé la couverture santé universelle avec la gratuité de la maternité et la prise en charge néonatale. Mais cela pose problème parce que plusieurs structures ne sont toujours pas payées pour leurs prestations de 2025. Dans ce contexte, c’est vraiment difficile et la population reste malheureusement dans les difficultés. «
La guerre a également entraîné des déplacements massifs de populations, aggravant la crise humanitaire.
» Plusieurs personnes ont quitté leur domicile fixe à cause de la guerre et se retrouvent dans un état difficile. Elles ont besoin d’abris, d’eau et de nourriture, et elles ont également besoin d’un accès total aux soins médicaux.«
Les malades chroniques figurent parmi les plus vulnérables. Le Dr Franklin souligne :
« Dans la prise en charge des maladies chroniques comme le diabète, la tuberculose ou l’hypertension, cela pose problème parce que nous avons une insuffisance d’accès aux soins. Se procurer un médicament reste difficile « .
En cette Journée mondiale des malades, le médecin lance un appel pressant à la solidarité nationale et internationale :
» Le message pour cette journée est que nous devons soutenir nos malades. Nous avons besoin d’une assistance humanitaire dans le territoire de Mwenga. Nous avons besoin d’interventions d’urgence pour toutes ces victimes de la guerre. La population a besoin de la paix car elle est le socle de tout. Rien ne peut se faire sans la paix. «
À Mwenga, la compassion ne se limite donc pas à un mot d’ordre spirituel. Elle devient une exigence vitale, un appel à l’action pour restaurer la dignité des malades et garantir un accès équitable aux soins. En ce 11 février 2026, la voix des soignants et des patients rappelle avec force qu’au-delà des discours, c’est la paix et la solidarité qui constituent les véritables remèdes aux souffrances d’une population éprouvée.
Rédaction

